Une fois par an, la Peintre se réveille. Elle trace un chiffre sur son monolithe, et toute personne ayant atteint cet âge se transforme en fumée. Le chiffre descend d'année en année. Demain, elle peindra "33". C'est sur cette prémisse aussi simple que terrifiante que repose Clair Obscur : Expedition 33, le premier jeu du studio montpelliérain Sandfall Interactive. Spoiler : le résultat est à la hauteur de l'ambition.
Après plus de 40 heures passées sur le titre, voici notre verdict complet.
Un scénario qui marque durablement
Clair Obscur : Expedition 33 ne se contente pas de poser un décor fantastique. Le jeu construit un récit profondément humain autour de la mortalité, de la mémoire et du sacrifice. Vous incarnez les membres de la 33e (et dernière) expédition chargée de détruire la Peintre avant qu'elle n'efface l'humanité tout entière.
Chaque personnage porte ses contradictions. Gustave, le leader pragmatique, Maelle, la combattante tourmentée, ou encore Lune, dont les motivations restent longtemps ambiguës. Les dialogues évitent le manichéisme facile. Les retournements narratifs, quand ils surviennent, trouvent leur ancrage dans la psychologie des personnages plutôt que dans des ficelles scénaristiques artificielles.
Le jeu prend son temps pour installer son univers. Les premières heures, volontairement contemplatives, peuvent surprendre les joueurs habitués aux ouvertures explosives. Mais cette lenteur est calculée : elle donne de la profondeur aux enjeux quand le rythme s'accélère enfin dans le second acte.
Un système de combat brillant
Si Clair Obscur devait ne briller que sur un seul aspect, ce serait son combat. Le studio a trouvé un équilibre rare entre tour par tour stratégique et réflexes en temps réel.
Le meilleur des deux mondes
Le socle est classique : chaque personnage dispose de points d'action, de compétences élémentaires, de buffs et debuffs. Mais la couche de timing en temps réel transforme l'expérience. Les attaques normales deviennent des mini-jeux rythmiques où chaque frappe parfaite multiplie les dégâts. Les esquives et parades exigent des réflexes précis — rater un timing de parade peut coûter la moitié de la barre de vie.
Ce système rappelle les Paper Mario et les Shadow Hearts, en plus exigeant. Sur les difficultés élevées, chaque combat devient un puzzle où la stratégie macro (composition d'équipe, synergies de compétences) et la dextérité micro (timing des QTE) se complètent parfaitement.
La personnalisation des compétences
Le système de Picto (l'arbre de compétences du jeu) offre une liberté de build remarquable. Chaque personnage peut emprunter des voies radicalement différentes. Gustave peut devenir tank ou DPS pur selon vos choix. Maelle excelle en support ou en assassin monocible. Cette flexibilité encourage l'expérimentation et donne une vraie rejouabilité aux combats.
Une direction artistique exceptionnelle
Visuellement, Clair Obscur est un choc. Le jeu mêle l'esthétique de la Belle Époque française à un surréalisme onirique qui rappelle Dalí et Magritte. Chaque environnement ressemble à un tableau : des plaines désaturées aux forêts pétrifiées, en passant par des cités Art nouveau englouties sous la brume.
L'Unreal Engine 5 est poussé dans ses retranchements. Les jeux de lumière sont remarquables — les scènes de lever de soleil sur les ruines de la civilisation perdue comptent parmi les plus belles images vues dans un RPG. Pour une équipe d'environ 30 personnes, la prouesse technique est proprement sidérante.
Les designs de créatures méritent une mention spéciale. Chaque boss est un spectacle visuel : des formes organiques impossibles, des proportions dérangeantes, une imagination débordante qui rappelle les meilleurs moments de Final Fantasy dans sa capacité à surprendre.
Une bande-son d'exception
Si l'on devait ne retenir qu'un seul élément du jeu, ce serait la musique composée par Lorien Testard. La bande originale navigue entre orchestrations grandioses, thèmes mélancoliques au piano et envolées chorales qui donnent la chair de poule.
Chaque zone possède sa propre identité sonore. Les thèmes de combat évoluent en fonction de la tension narrative. Les moments de calme entre deux combats sont habillés de mélodies instrumentales qui invitent à l'exploration sans jamais lasser. Certaines séquences musicales rivalisent avec les meilleures OST de l'histoire du jeu vidéo.
Le doublage, entièrement en anglais avec des acteurs reconnus (dont Ben Starr de Final Fantasy XVI et Charlie Cox de Daredevil), est globalement excellent. Quelques scènes secondaires souffrent d'un jeu un peu en retrait, mais les moments clés sont portés par des performances intenses.
Durée de vie et contenu
Le scénario principal demande entre 35 et 45 heures selon votre rythme et le niveau de difficulté choisi. Les quêtes secondaires, souvent liées à l'approfondissement des personnages, ajoutent une dizaine d'heures supplémentaires.
Le New Game+ propose un rééquilibrage des combats et débloque des variantes de boss qui justifient une seconde partie. Entre les builds alternatifs, les défis de timing et les secrets à découvrir, comptez facilement 60 à 80 heures pour tout voir.
Les limites du titre
Aussi ambitieux soit-il, Expedition 33 n'est pas exempt de défauts. La structure du jeu reste très linéaire. Les environnements, aussi beaux soient-ils, offrent peu d'embranchements et de secrets hors des sentiers battus. On est loin de la liberté d'exploration d'un Baldur's Gate 3 ou d'un Elden Ring.
L'inventaire et le système de craft manquent de profondeur. Les objets consommables se résument à des potions standards, et l'artisanat se limite à quelques améliorations d'équipement sans réelle complexité.
Quelques bugs techniques persistent au lancement : rares freezes lors des transitions de zones, un pathfinding parfois capricieux en exploration. Rien de rédhibitoire, mais suffisant pour casser l'immersion dans les moments les plus intenses.
Enfin, la difficulté par défaut (Normal) est franchement accessible. Les joueurs aguerris opteront directement pour le mode Difficile ou Expédition, où le système de combat révèle toute sa profondeur stratégique.
Clair Obscur : Expedition 33 s'inscrit dans la lignée des RPG au tour par tour japonais — Final Fantasy, Persona, Xenoblade — tout en y injectant une sensibilité européenne. Le résultat est un titre qui ne ressemble à aucun autre.
Dans un calendrier 2026 déjà chargé en sorties majeures, il s'impose comme l'une des meilleures surprises de l'année. Face aux blockbusters AAA, ce titre entre le jeu indépendant et la grosse production prouve qu'une équipe de 30 personnes peut rivaliser avec des studios dix fois plus grands.
Si vous cherchez les meilleures pépites indépendantes de 2025-2026, Clair Obscur mérite sa place tout en haut de la liste — même s'il transcende la catégorie "indie" par son ambition et sa finition.
Notre verdict
Clair Obscur : Expedition 33 est un RPG d'exception. Son système de combat, parmi les meilleurs jamais conçus pour le genre au tour par tour, suffirait à justifier l'achat. Ajoutez-y une direction artistique stupéfiante, une bande-son inoubliable et un scénario qui ose prendre son temps pour toucher juste, et vous obtenez l'un des titres les plus marquants de ces dernières années.
Les défauts existent — linéarité, craft sommaire, quelques bugs — mais ils pèsent peu face à l'ensemble. Sandfall Interactive signe une entrée fracassante dans l'industrie et pose les bases d'une franchise qui pourrait marquer toute une génération de joueurs.
Si vous n'avez qu'un seul RPG à jouer en 2026, consultez notre sélection des meilleurs jeux PC — et placez Expedition 33 tout en haut de votre liste.
Note : 9/10
| Critère | Note |
|---|---|
| Gameplay / Combat | 9,5/10 |
| Narration / Scénario | 8,5/10 |
| Direction artistique | 10/10 |
| Bande-son | 10/10 |
| Durée de vie | 8/10 |
| Technique | 7,5/10 |
Testé sur : PC (RTX 4080, Ryzen 7 7800X3D, 32 Go DDR5) Disponible sur : PC, Xbox Series X/S, PlayStation 5 Éditeur : Kepler Interactive Développeur : Sandfall Interactive (Montpellier, France)
Sources
- Test Clair Obscur Expedition 33 — Gameblog — Test approfondi avec verdict et notation
- Clair Obscur Expedition 33 Reviews — Metacritic — Agrégateur de notes presse et joueurs
- Clair Obscur Expedition 33 Review — PC Gamer — Test PC avec analyse technique détaillée




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