La photogrammétrie 3D est devenue l'une des techniques les plus utilisées dans l'industrie du jeu vidéo pour créer des assets ultra-réalistes sans modélisation manuelle fastidieuse. Le principe : photographier un objet ou un environnement réel sous tous les angles, puis laisser un logiciel reconstruire le modèle 3D correspondant. Des studios comme DICE (Battlefield) ou CD Projekt RED ont popularisé cette approche pour leurs environnements — et elle est désormais accessible à tout créateur 3D.
Qu'est-ce que la photogrammétrie 3D ?
La photogrammétrie consiste à extraire des informations géométriques tridimensionnelles à partir d'une série de photos 2D. Le logiciel analyse les points communs entre chaque cliché, reconstruit la position de la caméra dans l'espace, puis génère un nuage de points qui sert de base au maillage 3D.
Le processus se décompose en trois phases :
- Capture : prise de photos sous tous les angles (minimum 30 à 80 photos selon l'objet)
- Reconstruction : le logiciel calcule la géométrie et génère un maillage + texture
- Nettoyage : optimisation du mesh pour l'intégration dans un moteur de jeu (réduction de polygones, bake des normales)
La photogrammétrie diffère du scan 3D matériel (LiDAR, scanners à lumière structurée) par son coût : un appareil photo suffit pour démarrer, contre plusieurs milliers d'euros pour un scanner dédié.
Les outils incontournables en 2026
Plusieurs logiciels dominent le marché selon les besoins et les budgets :
- RealityCapture : standard de l'industrie, rapide et précis, désormais gratuit pour les artistes gagnant moins de 1 million de dollars par an (Epic Games). Référence absolue pour la production professionnelle.
- Meshroom : open-source, basé sur AliceVision. Moins rapide mais entièrement gratuit et personnalisable via son graphe de nœuds.
- RealityScan : application mobile d'Epic, parfaite pour les objets du quotidien, synchronise directement avec Sketchfab ou RealityCapture.
- Metashape (Agisoft) : solution professionnelle très utilisée dans l'archéologie et les VFX, rendu précis sur les grandes surfaces.
Pour les scans in-situ (terrain, bâtiments), le drone équipé d'un appareil photo reste l'approche la plus courante. Le LiDAR (présent sur les iPhone Pro et iPad Pro depuis 2020) améliore la reconstruction dans les zones peu texturées.
Si vous débutez en modélisation 3D, notre guide Blender pour débutants est un bon point de départ avant d'aborder la photogrammétrie.
Workflow type : d'un objet réel à un asset de jeu
Étape 1 — La prise de vue
Photographiez l'objet en tournant autour sur plusieurs niveaux (bas, moyen, haut). Superposition minimale de 60% entre chaque photo. Lumière diffuse idéale : évitez les ombres marquées qui brouillent la reconstruction.
Pour les matériaux réfléchissants (métal, verre), un spray de craie temporaire mat permet au logiciel de lire les détails de surface.
Étape 2 — Reconstruction
Importez les photos dans RealityCapture ou Meshroom, lancez l'alignement automatique, puis la reconstruction dense. Selon la puissance de votre GPU, comptez de 10 minutes (RealityCapture sur RTX 4090) à plusieurs heures (Meshroom CPU).
Étape 3 — Optimisation pour le jeu
Le mesh brut contient souvent des millions de polygones inutilisables en temps réel. Les étapes d'optimisation :
- Décimation dans Blender ou ZBrush (objectif : moins de 10 000 tris pour un prop de jeu)
- Bake des détails haute résolution vers une normal map sur le mesh bas-poly
- Retopologie si un mesh propre est nécessaire pour l'animation
- Export en FBX/glTF pour Unity ou Unreal Engine
Étape 4 — Intégration moteur
Dans Unreal Engine 5, le système Nanite permet d'importer des meshs à très haute densité sans optimisation poussée — un changement de paradigme pour les assets photogrammétriés. Unity 2025 propose des outils similaires via GPU Resident Drawer.
Découvrez comment ces assets s'intègrent dans les dernières versions des moteurs dans notre article sur l'IA générative 3D et ses workflows en 2026.
Photogrammétrie vs scan 3D : que choisir ?
| Critère | Photogrammétrie | Scan 3D (LiDAR/structuré) |
|---|---|---|
| Coût matériel | Faible (appareil photo) | Élevé (500€ à plusieurs milliers) |
| Précision | Bonne à très bonne | Excellente |
| Vitesse | Lente (traitement GPU) | Rapide |
| Matériaux sombres/réfléchissants | Difficile | Géré nativement |
| Accessibilité | Grand public | Semi-pro/pro |
Pour la production de jeux indépendants, la photogrammétrie reste le meilleur rapport qualité/coût. Les studios AAA combinent les deux approches selon les assets.
Sources
- Photogrammétrie pour les jeux vidéo — Artec3D — Guide technique sur l'usage en production de jeux
- Scan 3D et photogrammétrie : transformer des objets réels en modèles 3D — Graphisme3D — Workflow détaillé
- RealityScan — Epic Games — Outil mobile de photogrammétrie accessible
Conclusion
La photogrammétrie 3D a démocratisé la création d'assets hyperréalistes, jadis réservée aux grandes productions. Avec des outils comme RealityCapture (désormais gratuit) et l'essor du LiDAR mobile, scanner le monde réel pour l'intégrer dans un jeu vidéo n'a jamais été aussi accessible. La maîtrise du workflow — capture, reconstruction, optimisation, intégration — reste le vrai différenciateur. Investissez du temps dans la prise de vue : c'est là que tout se joue.



