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Pragmata : le pari risqué de Capcom sur une nouvelle IP en 2026

Par Baptiste P.

7 min de lecture
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Capcom sort une nouvelle IP le 17 avril 2026. Pas un reboot. Pas une suite. Pas un remake. Une nouvelle licence, originale, avec des persos que personne ne connaît, un univers qu'il faut construire de zéro, et un gameplay qui n'a pas de prédécesseur direct pour rassurer les acheteurs. La dernière tentative comparable chez Capcom, c'était Dragon's Dogma en 2012 (Exoprimal en 2023 n'a pas percé). Quatorze ans depuis le dernier succès de nouvelle IP. On va en parler.

Le camp du "Capcom est fou"#

Commençons par la thèse pessimiste, parce qu'elle est loin d'être absurde.

Le marché des nouvelles IP AAA est un cimetière. Forspoken (Square Enix, 2023) : flop commercial, studio fermé. Immortals of Aveum (EA, 2023) : ventes catastrophiques, licenciements massifs chez Ascendant Studios. Skull and Bones (Ubisoft, 2024) : onze ans de développement pour un accueil glacial. Les joueurs achètent ce qu'ils connaissent. Les suites, les reboots, les remakes marchent. Les IP inconnues, beaucoup moins.

Capcom le sait mieux que quiconque. Leur stratégie ces dix dernières années repose presque entièrement sur des franchises existantes : Resident Evil, Monster Hunter, Street Fighter, Devil May Cry. Et ça marche formidablement bien. RE Village a dépassé les 12 millions de ventes, Monster Hunter Wilds caracole. Pourquoi prendre un risque quand la recette fonctionne ?

Le timing pose aussi question. Pragmata sort le 17 avril 2026, un mois avant certaines des plus grosses sorties de l'année. Se placer dans une fenêtre chargée avec une IP inconnue, c'est un choix agressif. Capcom fait le pari que la curiosité suffira à générer du momentum face à des suites de franchises établies.

Et puis il y a l'historique du projet lui-même. Pragmata a été annoncé en juin 2020 lors de la révélation de la PS5. Six ans de développement, plusieurs reports de date, des périodes de silence radio total. On ne va pas se mentir : quand un jeu met six ans à sortir et change de date trois fois, le réflexe c'est la méfiance, pas l'enthousiasme.

Le camp du "Capcom sait exactement ce qu'il fait"#

Maintenant, l'autre son de cloche. Et il est solide.

Les chiffres de la démo parlent. Le Sketchbook Demo, disponible depuis le 5 février 2026 sur toutes les plateformes, a atteint 2 millions de téléchargements. En parallèle, le jeu a dépassé les 2 millions de wishlists toutes plateformes confondues. Pour une IP que personne ne connaissait il y a quatre mois, c'est un signal d'intérêt massif. À titre de comparaison, Dragon's Dogma 2 avait généré un engouement comparable avant sa sortie, et on connaît la suite.

Le gameplay est réellement innovant. Pragmata combine du tir à la troisième personne avec un système de hacking en temps réel qui n'a pas vraiment d'équivalent direct. Le joueur contrôle Hugh Williams, un auditeur système en mission sur une station lunaire, accompagné de Diana, une androïde qui peut manipuler les systèmes d'armure ennemis via des puzzles de hacking pour créer des ouvertures en combat. Ce n'est ni du Resident Evil, ni du Devil May Cry, ni une démo technique Unreal Engine déguisée en jeu. C'est un mélange action-puzzle qui a sa propre identité.

J'ai passé trois heures sur la démo, et le truc c'est que le loop de gameplay accroche vraiment. Le hacking n'est pas un mini-jeu qu'on subit entre deux phases de tir ; c'est intégré au combat en temps réel. Tu vois un ennemi blindé, tu envoies Diana désactiver son bouclier pendant que tu le contournes pour un tir critique. Ça demande de la coordination et du timing, et ça change complètement la dynamique par rapport à un TPS classique.

Le multi-plateforme jour un est un signal de confiance. Pragmata sort simultanément sur PS5, Xbox Series X/S, PC (Steam) et Nintendo Switch 2. Ce dernier point est significatif : être au lancement de la Switch 2, c'est bénéficier de l'effet "early adopters qui cherchent des jeux". Capcom l'avait fait avec Monster Hunter Rise sur Switch première génération. Le calcul est le même : capter une audience affamée de contenu sur du nouveau hardware.

Ce que la démo révèle (et ce qu'elle cache)#

Le Sketchbook Demo montre environ deux heures de gameplay dans une station de recherche lunaire. Hugh et Diana tentent de s'échapper d'une installation hostile et de trouver un moyen de rentrer sur Terre. Le contexte sci-fi est intrigant, un peu à la 2001 l'odyssée de l'espace, avec cette ambiance de solitude spatiale tendue.

Ce que la démo fait bien : le tutoriel de hacking est progressif sans être condescendant, les combats de boss ont des phases lisibles, et la direction artistique est superbe. Capcom a clairement investi dans la qualité visuelle.

Ce que la démo ne montre pas : le rythme du jeu complet. Une démo de deux heures dans un environnement confiné, c'est facile à calibrer. La vraie question, c'est comment le système de hacking tient sur 20, 30, 40 heures. Est-ce que les puzzles se renouvellent suffisamment ? Est-ce que la relation Hugh-Diana évolue mécaniquement, pas juste narrativement ? J'ai changé d'avis là-dessus en creusant : au départ je pensais que la démo suffisait à se faire un avis, mais plus j'y réfléchis, plus je réalise qu'elle montre le potentiel sans prouver l'endurance.

Il y a aussi la question du scénario. L'histoire semble prometteuse (une conspiration autour de la station lunaire, des flashbacks sur Terre), mais Capcom n'a historiquement jamais été un studio connu pour ses scénarios. Resident Evil, c'est de l'ambiance, pas de l'écriture. Devil May Cry, c'est du spectacle, pas de la narration. Si Pragmata compte sur son histoire pour accrocher les joueurs entre les phases de gameplay, c'est un territoire où Capcom n'a pas encore fait ses preuves.

Mon verdict : le pari est calculé, pas suicidaire#

Capcom n'est pas fou. Les 2 millions de démos téléchargées prouvent qu'il y a un marché pour une nouvelle IP, à condition que le pitch soit clair et que la démo soit convaincante. Le multi-plateforme jour un, incluant la Switch 2, maximise la base d'acheteurs potentiels. Et le gameplay de hacking en temps réel apporte une vraie différenciation.

Le risque existe. Six ans de développement, pas de franchise connue, un marché saturé de suites, un timing serré. Si Pragmata sort à 70 euros et que le contenu ne justifie pas le prix, le bouche-à-oreille peut tuer les ventes en 48 heures, nouvelle IP ou pas.

Mais Capcom a un avantage que les Forspoken et Immortals of Aveum n'avaient pas : une réputation de qualité d'exécution construite sur une décennie de sorties réussies. Quand Capcom met son nom sur un jeu en 2026, les joueurs partent du principe que le produit sera fini et fonctionnel. Ce capital confiance, c'est ce qui transforme 2 millions de wishlists en ventes réelles.

Spoiler alert : je vais l'acheter day one. Pas parce que la démo m'a convaincu à 100 %, mais parce que dans un océan de suites et de remakes, un éditeur qui risque une IP originale avec un gameplay qu'on n'a jamais vu, ça mérite d'être soutenu avec le portefeuille. Et si c'est un échec, au moins on pourra dire que quelqu'un a essayé. Ce qui nous changera des débats sans fin sur quel moteur choisir pour refaire la même chose en plus joli.

Sources#

BP

Baptiste P.

Chroniqueur digital & gaming

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